mercredi, janvier 19, 2005

Maigret, Harry et la lutte des classes

Hier soir, j'ai regardé "Maigret et la demoiselle de compagnie", sur France 2. Un délice...


Quoi ? Vous trouvez ça ringard ? Ben ouais, moi j'adore les enquêtes du commissaire Maigret. Mais attention, pas celles avec le Maigret en charentaises joué par le soporifique Jean Richard. Le "Ménard, vous nous monterez des bières et des sandwiches" me fout des frissons dans le dos, tant la réplique fleure bon la torpeur des maisons de retraites... Non, le Maigret qu'interprète Bruno Crémer n'a rien à voir avec son prédécesseur neurasthénique. Crémer habite véritablement le personnage, un peu à la manière de Peter Falk avec Columbo. Il joue un Maigret ambivalent, physique et colérique, mais aussi bonhomme, subtil et plein d'ironie.

Hier soir, donc, je savourais (sans camomille pour les taquins que j'entends d'ici) "Maigret et la demoiselle de compagnie". En gros, la demoiselle de compagnie d'une riche veuve, qui vient apparemment de claquer d'une crise cardiaque, accuse, sans le commencement du début d'une preuve, le neveu de la vioque de l'avoir assassiné pour toucher le grisbi. Je vous raconte pas la fin, ça vous apprendra à vous moquer !

Mais, ce qui est intéressant dans cet épisode des folles zaventures du commissaire Maigret, c'est la sociologie des personnages. Le neveu est un aristo, la demoiselle de compagnie, une fille du peuple. Le juge chargé de l'enquête est un aristo, Maigret, un fils du peuple. Le juge, par solidarité de classe, protège le neveu, et met en garde Maigret qui semble croire aux accusations de la demoiselle de compagnie. "Chacun agit selon sa propre logique qui dépend de sa naissance", explique le juge avec beaucoup de conscendance à Maigret.

Comme le dit bien Dominique Dhombres, chroniqueur télé du Monde, "on est donc en pleine lutte des classes. Le neveu, qui fait dans le grand genre, avec maître d'hôtel en gants blancs, convoque le commissaire à son cercle en consentant à peine à répondre à ses questions. Pendant ce temps, Maigret revit ses souvenirs d'enfance en interrogeant les domestiques à l'office."

Il s'avère que le neveu est coupable (oups, j'ai dit la fin, désolé), mais le juge, dans sa connerie aristocratique congénitale, trouve le moyen d'en rajouter : le neveu et sa femme "n'appartenaient pas au même monde", leur mariage n'ayant été qu'une mésalliance entre une vraie aristocrate et un parvenu... Ce que Dhombres ne dit pas, c'est que la demoiselle était amoureuse du neveu. Une belle vengeance amoureuse sur fond de lutte des classes.

Une lutte des classes morte avec la fin du communisme ? Pas vraiment, non. Mister Maigret m'a fait repenser au papier du Monde (faudrait que je diversifie un peu mes sources, moi...) consacré à la bande de potes du prince Harry, alias Harry le nazi. Les "Chins", ils s'appellent, les ptits chéris. Morceau choisi : "Ce cercle de privilégiés a une conscience très aiguë de son statut social. Il se ferme comme une huître devant l'"argent nouveau" issu de l'establishment des médias, de la City ou de l'entreprise. "Il s'agit d'un monde où l'on se connaît depuis le berceau, où la mentalité est immature voire infantile, coupée de la réalité. Ses membres ont un fort sentiment de supériorité qui leur donne une impression d'impunité, ce qui les rend parfois très impolis", explique un organisateur d'événements pour la haute société."

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