Jean Véronis nous l'a signalé dès samedi dernier : si on tape "émeutes" dans Google, on tombe sur
un lien commercial qui renvoie à une pétition en faveur de
"la politique de Nicolas Sarkozy pour faire respecter la loi". Idem avec "sarko", "banlieue", "délinquance", "violence" et même "keuf". Ce week-end, ça fonctionnait aussi avec "racaille", et donc avec "sarko racaille"... Après le
sarkomail, la comm' du chef de l'UMP sur internet continue son offensive agressive de
conquête de territoire. Pour mieux comprendre cette stratégie de communication, il faut lire ce papier sur
ZDNet.
Sarkozy choisit donc des communiquants qui usent des mêmes stratagèmes que lui, quitte à exploiter des évènements extrêmement graves, socialement et politiquement. Cependant, les médias le lui rendent bien, comme en atteste un reportage effectué par l'équipe d'"Arrêt sur images" et diffusé dans
l'émission de dimanche dernier. Effectué par Christèle Ploquin, à Argenteuil, une semaine après le déplacement de Sarkozy dans cette ville, on y apprend que Sarko n'est pas toujours aussi pyromane qu'il y paraît, ou plutôt que les médias (et notamment la télé) ont tendance à en donner une caricature au moins aussi grossière que celle que lui-même fait des banlieues.
La chose est résumée par Schneidermann, animateur de l'émission, sur
son blog:
"Vous avez l’image en tête, n’est-ce pas ? Sarkozy, venant d’essuyer une pluie de projectiles, lève la tête vers quelqu’un qu’on ne voit pas, et : "vous voulez qu’on vous débarasse de ces racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser". (...)
Quand Sarkozy lève la tête et parle de "racailles", il s’adresse à une locataire, qui vit au premier étage d’une tour proche de la Dalle d’Argenteuil. Nous n’avons pas interrogé cette dame, qui ne souhaite pas être filmée, mais Christelle a pu rencontrer le gardien de la tour, qui vit à l’étage du dessous, et a assisté à toute la scène. Et ce que nous raconte le gardien, et que n’ont pas montré les caméras, c’est que le mot "racaille", le mot qui a embrasé les banlieues, a été soufflé à Sarkozy par la dame. C’est elle, raconte le gardien, qui interpelle le ministre, d’un "quand nous débarrassez-vous de cette racaille ?" Et Sarko répond ce que les télés ont montré.
Qu’est-ce que ça change ? A vous de décider. Sarko a bien prononcé ce mot, démagogique dans la bouche d’un ministre de la République, et dangereux parce que stigmatisant. Peut-être avait-il prémédité de le prononcer. Mais dans l’instant, il ne faisait que reprendre le mot qui lui était soufflé par la vox populi. Sarko est peut-être un pyromane par calcul politique. Mais ce jour-là, à Argenteuil, il fut aussi un pyromane par réflexe.
Accessoirement, ce que Christelle a aussi appris, c’est que cette fameuse visite ne s’est pas résumée à essuyer des jets de projectiles divers. Sarko a aussi longuement discuté avec des habitants et des jeunes de la cité, qui en conservent un souvenir ému. Certains de ces jeunes ont ensuite été invités à le rencontrer au ministère de l’Intérieur. Les télés étaient là, pendant ces discussions. Elles n’en ont rien montré. Sarko se prenant des cailloux, c’est une image. Mais le pyromane avec une allumette dans une main, et un seau d’eau dans l’autre, il faut croire que c’est une image trop compliquée.
Sur notre plateau, Françoise Laborde, présentatrice-joker des journaux télévisés de France 2, n’exclut pas qu’il puisse y avoir un peu d’anti-sarkozysme à la rédaction de France 2."